MONOCULTURE | Une histoire récente
Artistes participants : Hannah Höch, Lovis Corinth, Karl Hofer, George Grosz, Carol Rama, Werner Peiner, Belgian Institute for World Affairs, Joseph Beuys, Felix Gonzalez-Torres, Åsa Sonjasdotter, Andy Warhol, Nicole, Hüseyin Bahri Alptekin, Haseeb Ahmed, Sven Augustijnen, Candida Höfer, Papa Ibra Tall, Maryam Najd, David Blandy, Oxana Shachko, Matti Braun, Jos de Gruyter & Harald Thys, Luc Deleu, Jimmie Durham, Catherine Opie, Charlotte Posenenske, Public Movement, Philip Guston, Mladen Stilinović, N. S. Harsha, Lynette Yiadom-Boakye, Rasheed Araeen, Ibrahim Mahama, Kerry James Marshall, Vincent Meessen, Renzo Martens/CATPC, Danny Matthys, Jonas Staal, Sille Storihle, Makhmut Usmanovich Usmanov, Nicoline van Harskamp, Dimitri Venkov, et des artefacts de plusieurs archives culturelles: the Arthur Langerman Archives for Research into Visual Anti-Semitism (ALAVA), and the cultural archives of Flanders: AMSAB – Institute for Social History; the Liberal Archive; KADOC Documentation and Research Centre on Religion, Culture and Society; and ADVN – Archive and Research Centre for Flemish Nationalism.
L’exposition MONOCULTURE – Une histoire récente part du principe que toute acception du concept de « multiculture » nécessiterait une recherche sur celui de « monoculture ». L’acception sociale de la « monoculture » peut être définie comme l’expression homogène de la culture d’un groupe social ou ethnique spécifique. Le projet vise à aborder la notion de monoculture avec un esprit ouvert et aura donc pour objectif d’effectuer une analyse plutôt que de développer une antithèse de la monoculture, et ce, à partir de perspectives non seulement historique, sociale, culturelle et idéologique, mais également philosophique, linguistique et agricole. MONOCULTURE proposera une cartographie expérimentale permettant une analyse comparative de différentes manifestations de monoculture, ainsi que leur reflet sur l’art et la propagande, en vue de tirer des conclusions susceptibles d’être pertinentes pour la société et la culture au sens large.
Le projet soulèvera quelques questions essentielles, incluant : Qu’entendons-nous par monoculture ? Quelle est l’impulsion des mouvements « identitaires » ou des défenseurs d’une monoculture nationaliste qui n’envisagent pas ou ne souhaitent pas de société pluraliste, et ce, non seulement dans le contexte européen, mais global ? Pouvons-nous repérer des aspirations positives, voire émancipatrices, dans la monoculture ? Que trouve-t-on en marge de la monoculture et que ne tolère-t-elle pas ? Quelle pourrait être la position des arts dans un contexte d’idéologie monoculturelle ? Inversement, à quoi ressembleraient les arts sous une idéologie monoculturelle portée à ses conclusions logiques ? En observant la partie récente et pertinente jusqu’à ce jour, le projet tentera d’aborder ces questions complexes, au-delà des tendances et des préjugés de la « pensée de groupe » libérale, comme une façon de considérer des notions culturelles de manière différente que des conceptions établies telles que la politique identitaire ou le relativisme post-moderne.
MONOCULTURE formulera des constellations exploratoires d’arts, d’idées et de propagandes. Parmi divers exemples de culture officielle mise en place par des États-nations, l’une des manifestations historiques les plus frappantes de monoculture idéologique dans le domaine culturel demeure l’exposition tristement célèbre Entartete Kunst organisée dans l’Allemagne nazie en 1937. Au lieu de l’avant-garde moderniste, réprimée et considérée comme une aberration, le nazisme a cherché une conception de la culture ethnocentrique, résolument univoque, sans ambiguïté, inspirée par une civilisation gréco-romaine. Pourtant, des conceptions monoculturelles peuvent aussi se former à travers des impératifs émancipateurs. D’aucuns soutiennent qu’un mouvement postcolonial comme celui de la négritude au Sénégal, par exemple, peut également être considéré comme une sorte de homogénéité culturelle. Ce sera l’une des nombreuses études de cas permettant d’explorer les différentes trajectoires et intersections de la monoculture, en particulier leur articulation dans l’art et l’idéologie, du début du XXe siècle à nos jours.
MONOCULTURE – Une histoire récente s’inscrit dans la cadre du projet ‘Our Many Europes’ de la confédération de musées ‘L’Internationale’.
Commissaire de l’exposition : Nav Haq, directeur associé, M HKA
La conférence Considering Monoculture a été organisée par deBuren, le M HKA et Van Abbemuseum, et a eu lieu à deBuren, Bruxelles, le 27 et 28 février.
Deux publications accompagnent l’exposition : MONOCULTURE – Une histoire récente, catalogue de l’exposition publiée par le M HKA, et The Aesthetics of Ambiguity – Understanding and Addressing Monoculture, co-editée par Pascal Gielen et Nav Haq, publiée par Valiz dans la série Antennae – Arts in Society.
À propos de la confédération de musées ‘L’Internationale’ :
L’Internationale est une confédération de sept institutions d’art moderne et contemporain. L’Internationale propose un espace pour l’art au sein d’un internationalisme non hiérarchique et décentralisé, basé sur les valeurs de la différence et de l’échange horizontal entre une constellation d’agents culturels, à l’enracinement local mais reliés au niveau global. L’Internationale réunit sept grandes institutions artistiques européennes : Moderna galerija (MG+MSUM, Ljubljana, Slovénie) ; Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía (MNCARS, Madrid, Espagne) ; Museu d’Art Contemporani de Barcelona (MACBA, Barcelone, Espagne) ; Muzeum Sztuki Nowoczesnej w Warszawie, (MSN, Varsovie, Pologne) ; Museum van Hedendaagse Kunst Antwerpen (M HKA, Anvers, Belgique) ; SALT (Istanbul et Ankara, Turquie) et Van Abbemuseum (VAM, Eindhoven, Pays-Bas), et les institutions partenaires HDK-Valand Academy (Göteborg, Suède) et le National College of Art and Design (NCAD, Dublin, Irlande).
À propos d’Our Many Europes
‘Our Many Europes’ est un programme quadriennal (2018-2022) qui se compose d’expositions, de programmes publics, d’échanges culturels et patrimoniaux et d’expérimentation institutionnelle à travers la confédération L’Internationale. Le programme prend pour point de départ les années 90, la période qui a vu naître notre Europe actuelle. Il vise à réfléchir de manière spéculative sur le rôle de la culture comme force motrice pour mettre en lumière qui et comment nous nous rapportons au monde.
dans la presse:
"Every single room of this amazing exhibition functions in a similar way, though with its own specificity: Mapping underlying ideological dichotomies through the combination of the works, the lighting, and the architecture, the juxtapositions show unexpected nuances, sketching an incredibly dense and accurate portrait of our times, accounting for their inner complexities. Presenting the works of forty-two artists next to some famous, controversial, or underestimated theoretical books, magazines, and exhibition catalogues (by the likes of Benedict Anderson, Simone de Beauvoir, G. K. Chesterton, and Friedrich Nietzsche) and improbable but revealing items (A Record from Ronald Reagan to All Californians, distributed for his 1966 gubernatorial campaign), this exhibition is as intense as a whole biennial, while occupying only one level of the museum: a rare stroke of genius." - Yoann Van Parys, ARTFORUM
Scan 3D de l'exposition.
Items
Benedict Anderson, "Imagined Communities. Reflections on the Origin and Spread of Nationalism", 1983
Le travail d'Åsa Sonjasdotter Cultivated Stories examine la mise en œuvre des techniques monoculturales dans l'agriculture et leurs racines dans l'idéologie. La première partie de ce travail est un ensemble de reproductions photographiques documentant les premières tentatives de sélection des plantes pour faire de la monoculture. La sélection végétale dite de « pure lignée » a été mise en œuvre par l'Association suédoise des semences (Sveriges utsädesförening) fondée en 1886. La technique avait été inventée par le botaniste danois Wilhelm Johannsen (1857-1927), alors qu'il travaillait au laboratoire de chimie des brasseries Carlsberg à Copenhague. Ce laboratoire avait mis au point une levure à souche unique, qui permettait un processus de fermentation contrôlé sans risque que la bière devienne aigre. Comme cette technique se révéla rentable, Johannsen se mit à expérimenter avec l'équivalent des « souches uniques » dans les plantes. En modifiant les pois entre eux sur plusieurs générations, il était possible de les vider de presque toutes leurs variations génétiques. Cela aboutit à fabriquer des clones de plantes, mais l'on considérait que ces clones avaient atteint la forme « originale » ou « pure » de la plante. Pendant plusieurs décennies, l'Association suédoise des semences produisit des semences uniformes selon la technique de Johannsen, établissant ce que l'on appelle aujourd'hui « la sélection végétale moderne » protégée par la législation. Depuis la convention de l'UPOV de 1962 pour la législation sur les restrictions à la propriété intellectuelle pour les nouvelles plantes, seuls les cultivars uniformes sont autorisés à la culture commerciale dans les pays qui ont signé la convention, dont l'UE.
Le film documente le travail du phytologue suédois Hans Larsson, qui restaurait les variétés restantes de semences du patrimoine génétique diversifié. Avec la mise en œuvre de la sélection végétale moderne à l'échelle mondiale, la diversité des semences, cultivées par les agriculteurs qui les sélectionnaient depuis plus de dix mille ans, était presque perdue. La variation génétique des plantes est cruciale pour leur capacité à s'adapter aux nouveaux climats et conditions de culture. À partir des années 1990, Larsson a systématiquement testé toutes les variétés restantes en Scandinavie. Des souches sélectionnées ont été reproduites et propagées en plus grands volumes pour la culture. La propagation et la distribution des graines sont organisées au sein de l'association Allkorn. Les semences patrimoniales sont génétiquement trop diverses pour être autorisées à la distribution commerciale aux agriculteurs conformément à la convention de l'UPOV. Par conséquent, ce n'est qu'en tant que membre d'Allkorn ou d'associations similaires qu'il est légal de cultiver et d'échanger des céréales patrimoniales.
Avec leurs qualités de surface et de répétition, les œuvres de Warhol offrent une réflexion critique profonde sur la domination du système capitaliste américain de l'après-guerre. Comme l'a dit Warhol : « Être bon en affaires est le genre d'art le plus fascinant. Gagner de l'argent est un art et travailler est un art et faire de bonnes affaires est le meilleur des arts ». C'est cette adoption du capitalisme par l'art de Warhol, son vaste potentiel, sa portée mondiale et sa grande capacité à perpétuer à la fois la culture superficielle prosaïque et les icônes mondiales, qui fait de lui un artiste américain clé de l'après-guerre. Souvent décrit comme un artiste pop, Warhol a également été dépeint comme un protagoniste du réalisme capitaliste, un terme imitant le réalisme socialiste de l'URSS. Le réalisme capitaliste est utilisé pour décrire les pratiques qui incarnent le capitalisme libéral. Le billet d'un dollar et le symbole du dollar étaient des motifs récurrents dans l'art de Warhol depuis les années 1960, et il signait régulièrement des autographes sur des billets d'un dollar.
Dollar Sign était une série d'impressions produites à l'origine par Warhol en 1982. Après avoir publié ses célèbres impressions Factory Editions, Warhol entama en 1970 une collaboration avec deux de ses connaissances anonymes en Belgique sur une deuxième série d'impressions, dont des portraits de Marilyn Monroe, au sein de leur entreprise Sunday B. Morning. L'idée originale derrière ce partenariat était de jouer sur le concept de production de masse et d'originalité, les impressions ayant un tampon à l'encre noire au dos disant « apposez votre propre signature ». Les nouvelles impressions étaient identiques aux Factory Editions. Ainsi, Warhol sapait délibérément la stricte « authenticité » des impressions Factory Editions. Au cours du processus, les discussions entre Warhol et les Belges ne furent plus satisfaisantes et Warhol commença à avoir des doutes. Il avait cependant déjà remis les négatifs photo, les codes couleur et d'autres outils utilisés pour produire les impressions. La production en Belgique continua, avec les droits nécessaires pour le faire. Warhol décida de ne pas s'y opposer. Pour ajouter à cette bizarrerie de l'histoire de l'art belge, Warhol signa même certaines des impressions de Sunday B. Monday : « Ce n'est pas de moi. Andy Warhol », ce qui contribua à en augmenter la valeur.
E. Maxwell Fry, "African Experiment - Building for an Educational Programme in the Gold Coast", 1953
from The American Indian series, 1976
The American Indian (Russell Means) est une peinture sérigraphiée d'Andy Warhol faisant partie d'une série de dix-huit qu'il produisit en 1976 et qui représentaient l'activiste et acteur amérindien Russel Means. Means, qui appartenait au peuple Oglala Lakota, devint largement connu pour ses qualités de meneur pendant l'occupation de la ville de Wounded Knee dans le Dakota du Sud par l'American Indian Movement en 1973. L'occupation avait pour but de protester contre la corruption présumée du gouvernement local ainsi que contre les mauvais traitements infligés aux Indiens d'Amérique. Le site était symbolique, car Wounded Knee avait été au centre du massacre des Sioux par l'armée américaine en 1890. Le siège entre les militants et les forces de l'ordre fédérales dura 71 jours et fut largement couvert par les médias. Dans les années 1970, Warhol réalisa de nombreux portraits de célébrités et de personnes qu'il admirait à travers le spectre politique et culturel. Means fit appel à Warhol en tant que personnalité à l'intersection de l'activisme, de la célébrité et de la culture populaire. La représentation des Indiens d'Amérique était un sujet courant, et également controversé, dans les films hollywoodiens. Le traitement « Pop » de Warhol de Means, en costume traditionnel, reflète la façon dont les Indiens d'Amérique font partie de l'iconographie culturelle américaine distincte. La Ace Gallery à Los Angeles, qui exposa pour la première fois cette série de peintures en 1977, versa 5 000 $ à l'American Indian Movement en échange de la participation de Means. Means retrouva la célébrité des décennies plus tard pour son rôle de Chingachgook dans le film oscarisé Le dernier des Mohicans.
L'installation de Matti Braun explore la figure complexe de Léopold Sédar Senghor, le poète qui fut le premier président élu du Sénégal après la décolonisation de 1960 à 1980. Deux séries de 10 impressions, intitulées respectivement Pierre Pierre et Pierre, réunissent différentes références, de Senghor au surréalisme, à Arno Breker et sa proposition de monument pour la libération africaine à Dakar et à un motif de masque de l'affiche du premier Festival des Arts Nègres à Dakar en 1966. Une autre est ornée d'une image d'une sculpture exposée au festival. D'autres sont plus elliptiques : une lumière colorée se reflétant sur un sol en marbre, ou une plage de sable. Cette œuvre nous laisse donner un sens à ce réseau d'associations que l'artiste a rassemblées lors de ses recherches sur la vie de Senghor et le mouvement culturel Négritude dont il était l'un des principaux promoteurs. L'installation comprend également un ensemble de tableaux abstraits réalisés à la peinture sur de la soie brute. Les couleurs ont été laissées libres de courir et de se mélanger, faisant allusion au développement et à la transformation des personnalités qui en même temps absorbent l'influence d'autres penseurs ou forces extérieures.
Règlement Général. Exposition Internationale Coloniale, Maritime et d'Art Flamand, Anvers 1930, 1930
Règlement Général. Exposition Internationale Coloniale, Maritime et d'Art Flamand, Anvers 1930, 1930
Theodora Kroeber, "Ishi in Two Worlds: A Biography of the Last Wild Indian in North America", 1961
Ishi (ca. 1860—1916) est connu pour avoir été le dernier survivant du peuple des Yahis, qui avait été en grande partie exterminé par les colons blancs pendant le génocide de Californie. Après avoir vécu caché pendant la plus grande partie de sa vie, en raison des attaques génocidaires menées contre son peuple, il a fini par sortir de sa clandestinité en 1911, poussé par la faim, en se rendant dans la ville d’Oroville, en Californie. Pour protéger sa sécurité, il a été envoyé au Phoebe A. Hearst Museum of Anthropology, attaché à l’Université de Californie, où il a vécu le reste de sa vie sous la supervision du personnel de l’université. Le livre de Theodora Kroeber raconte l’histoire d’Ishi en deux parties : la première, « Ishi et les Yahis », est une reconstruction de la culture et de la vie du peuple yahi ; la seconde, « Monsieur Ishi », décrit comment Ishi a reçu son nom (ce mot signifiant « homme » en langue yana), et rend compte de sa rencontre avec la culture états-unienne contemporaine lors de sa vie au musée. En 2003, les fils de Theodora, Clifton et Karl Kroeber, ont publié Ishi in Three Centuries (« Ishi dans trois siècles »), une collection d’essais sur l’histoire d’Ishi, dans laquelle cette histoire est présentée selon différentes perspectives, y compris des contributions d’universitaires, d’artistes et d’écrivains autochtones.